Les dessous de la surprenante commande de 200 B737Max par le groupe IAG

Les dessous de la surprenante commande de 200 B737Max par le groupe IAG

Rédigé le 03/07/2019
Christophe Hardin

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La chronique de Christophe Hardin

Christophe Hardin revient pour TourMaG.com sur la surprenante commande sous forme de lettre d'intention de 200 exemplaires du B737 Max (toujours cloué au sol) par IAG. Alors coup de pub, coup de pression sur Airbus... que peut bien cacher cette opération ?

Sur la photo en une du Figaro Economie, le sourire de Kevin McAllister, le PDG de la division commerciale de Boeing est éclatant.

Celui de Willie Walsh, patron du groupe I.A.G (International Airlines Group), un des premiers groupes aériens européens, est plutôt contenu, voire énigmatique.

En signant, une lettre d’intention pour commander 200 exemplaires du B737 Max, (toujours cloué au sol), il vient pourtant de permettre à Boeing de sauver la face aux yeux du monde, en plein salon du Bourget, vitrine mondiale du transport aérien.

Un salon douloureusement entamé pour le constructeur de Seattle, avec une conférence de presse au ton grave et des responsables présentant les excuses de la firme après les deux accidents dramatiques de ces derniers mois, ayant fait plus de 300 morts.

Et si la presse a parlé de "commande surprise", c’est que personne ne s’attendait à un tel choix de la part d’IAG, qui semble échapper à toute logique en matière de gestion de flotte.

Une annonce aussi spectaculaire qu’étonnante

Le groupe IAG, ce sont 3 grandes compagnies "nationales" : l’anglaise British Airways, l’espagnole Iberia et l'irlandaise Aer Lingus, mais aussi deux compagnies low cost : Vueling et Level.

Aucune d’elles n’est dotée, sur son réseau moyen-courrier, du Boeing 737.

Toutes ont opté pour la gamme Airbus et, à l’exception de quelques Embraer chez British Airways, c’est par centaines que les Airbus de ces 5 grandes compagnies sillonnent l’Europe, sans parler des commandes en cours...

Et chacun sait que sur un réseau moyen-courrier, l’exploitation de deux types de machines différentes entraîne des coûts significatifs (qualifications équipages, maintenance).

Cette commande est d’autant plus surprenante qu’on apprend également qu'IAG s’est engagé pour 14 Airbus A 321 XLR, permettant aux compagnies du Groupe qui l’exploiteront une optimisation des équipages Airbus moyen-courrier, qui pourront également faire du long-courrier avec cet appareil au rayon d’action allongé.

Et ce n’est pas dans les quelques lignes du communiqué de presse d’IAG qu’on trouvera des explications détaillées et convaincantes.

Tout juste un commentaire sur "un beau complément à la flotte moyen-courrier" et la confiance réitérée à Boeing pour "un retour réussi de l’avion en exploitation dans les mois qui viennent". Un peu court… et sur le retour en exploitation du 737 MAX, il est repoussé pour l’instant à décembre 2019.

Alors comment expliquer cette annonce aussi spectaculaire qu’étonnante ?

Pas exactement une commande, mais une lettre d'intention

En redisant d’abord ce qui a été présenté par beaucoup de médias comme une "commande", et qui est en fait une LOI, une lettre d’intention, et donc loin d’être une commande ferme.

Il est très probable qu’IAG ait négocié de pouvoir se rétracter à tout moment, de ne verser aucun acompte avant de voir re-certifié l’avion et surtout de pouvoir convertir l’option B737 en B787 ou B777.

Dans la pratique, il est assez courant pour une compagnie aérienne de "transformer" des options en choisissant un autre appareil avec le même avionneur.

Dans ces conditions, la "méga commande" ne pourrait être, en fait, qu’une double opération menée de concert par IAG et Boeing : un coup de com' pour Boeing qui regagne un peu de confiance aux yeux des observateurs mais aussi du public, et pour IAG un outil de pression sur Airbus pour négocier les prix des commandes à venir.

Une façon de faire jouer la concurrence

Je crois très improbable que 200 Boeing 737 MAX rejoignent un jour les flottes moyen-courrier d’IAG, et cela même si le géant de Seattle consentait à casser les prix.

Jacques Bankir, ancien dirigeant de compagnies aériennes et bon connaisseur du secteur avance une hypothèse plus pragmatique et ne pense pas impossible de voir voler les avions en considérant que pour IAG, c’est le meilleur moment de donner un coup de pouce à Boeing et de faire jouer la concurrence.

Et on peut être certain que le prix obtenu a été exceptionnel.

Le risque est nul. Soit le Max revole, bien avant les premières livraisons, soit on renégocie en 777-787-797...

Quant aux A320 des compagnies du groupe, beaucoup sont assez vieux et il y a le choix entre des compagnies bien gérées et réellement indépendantes pour faire une expérience Max, dans l’une d’entre elles, d’ici 2 ou 3 ans.

Rendez vous dans quelques années pour savoir quelle récompense attribuer à Willie Walsh : celle du meilleur négociateur, du meilleur visionnaire, du meilleur soutien à Boeing… ou les trois peut-être.

Christophe Hardin a, à son actif, de nombreuses heures de vol en tant que personnel navigant commercial.

Il est Président de l'Association des Cadres Navigant Commerciaux (A.C.N.C) et s'investit dans la formation à la Relation Client.

Il est adhérent à l'Association des journalistes professionnels de l'aéronautique et de l'espace (AJPAE) ainsi qu'à l'Association des journalistes du Tourisme (AJT).